Avec qui Macron va-t-il gouverner ?

Emmanuel Macron à peine élu, la question brûle déjà les lèvres des observateurs comme des responsables politiques : qui fera partie de l’équipe ministérielle du 25e Président de la République française ? Voici quelques pistes.

Qui pour Matignon ?

La question les obsède tous. Qui sera le Premier ministre du « Président Macron » ? Le tout nouveau chef de l’Etat a arrêté son choix mais n’en dira rien avant la passation de pouvoir fixée au 14 mai. Seule certitude ? Le futur locataire de Matignon aura un profil politique. Comprendre une expérience parlementaire pour garantir au Président une majorité stable à l’Assemblée dans un paysage en pleine recomposition. La première mission dont il héritera sera, d’ailleurs, de mener la bataille des législatives sous la bannière «Majorité présidentielle».

 

Dans cette compétition, Richard Ferrand semble bien placé. A 54 ans, le député socialiste du Finistère est En Marche! depuis le début. Il fait partie du tout premier cercle, dirige le mouvement et, gage de loyauté, a rendu sa carte du PS ! Ce que refuse de faire Jean-Yves Le Drian, un temps pressenti. Le ministre de la Défense, qui est aussi président (PS) de la région Bretagne, ne veut pas quitter sa famille politique. Impossible, dans ces conditions, d’incarner la campagne des candidats En Marche! aux législatives…

François Bayrou, lui, n’a pas dit son dernier mot. Sa présence aux réunions stratégiques dans «le saint des saints», au 6ème étage du QG, n’a échappé à personne. «Il est toujours là… mais pas toujours utile» persifle un proche. Le patron du Modem, qui a voté François Hollande en 2012, reste une figure repoussoir pour la droite.

  • Les poids lourds

 

Surtout, ne les traitez pas «d’éléphants En Marche!»… Même si certains sont (encore) socialistes, ils n’apprécient guère la plaisanterie. C’est à eux qu’Emmanuel Macron doit, en partie, sa victoire. Parmi les premiers grands élus à s’être engagés derrière l’ex-ministre de l’Economie, Gérard Collomb, le chef de file du pôle des réformateurs, l’aile droite du PS. En deux ans, le maire de Lyon a fait de sa ville la capitale de la Macronie. Localement, il a organisé sa succession au cas où… Il devrait hériter d’un portefeuille important, à moins qu’il ne soit sacrifié sur l’autel du renouvellement. Bertrand Delanoë, lui, est arrivé beaucoup plus tard dans la campagne. Mais l’ancien maire de Paris compte parmi les poids lourds qui ont «vocation à l’accompagner» dans les prochaines années a dit Macron. Le ministère de la Culture pourrait l’intéresser. Lui, l’a fait clairement décoller. Au moment où il patinait, le ralliement en février de François Bayrou a fait bondir le candidat de 5 points dans les sondages ! Beaucoup le voit à la Justice si Matignon lui échappait. «Il serait parfait pour défendre le premier texte à l’Assemblée sur la moralisation de la vie politique», commente un membre de la garde rapprochée.

 

 

Quant à Jean-Yves Le Drian, il s’est fait beaucoup désirer. C’est le seul ministre de l’équipe Hollande pour lequel Emmanuel Macron s’est battu afin d’obtenir son ralliement. Son bilan à la Défense, unanimement salué à gauche comme à droite, le prédestinait à Matignon. Il pourrait finalement être reconduit à l’hôtel de Brienne. D’autres personnalités comme Daniel Cohn-Bendit ou Dominique de Villepin devraient rester dans l’ombre. Quant à Jean-Louis Borloo – «prêt, a-t-il dit. à se retrousser les manches» – il devrait aider mais en dehors du gouvernement. «Il est entré par effraction médiatique à une semaine du second tour», raille l’entourage de l’ex-candidat. -

 

 

  • Les premiers marcheurs

 

Ce sont les fidèles de la première heure. Ceux qui l’ont suivi quand personne n’y croyait. Députés socialistes en rupture avec leur parti, ils ont la quarantaine et incarnent une nouvelle génération politique. Christophe Castaner, 51 ans, député des Alpes-de-Haute-Provence, ancien rapporteur de la Loi Macron en 2014 et porte-parole du candidat devrait trouver sa place au gouvernement. Tout comme Olivier Véran, 37 ans, ex-député de l’Isère. Ce médecin, neurologue au CHU de Grenoble, est pressenti au ministère de la Santé. Autre député PS ayant franchi le Rubicon, Arnaud Leroy, 41 ans, spécialiste des questions d’écologie pourrait avoir des responsabilités, tout comme Stéphane Travert, élu de la Manche. Parmi les aînés et les plus ardents soutiens, Jacques Mézard, le patron des radicaux de gauche au Sénat et le sénateur, ex-PS, François Patriat, l’un des rares élu présent au lancement du mouvement à Amiens en avril 2016.

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  • La jeune garde

 

C’est la pépinière de technos En Marche! Principalement des hommes, jeunes – certains ont moins de 30 ans – souvent anciens strauss-kahniens, – ils étaient presque tous à Bercy au cabinet d’Emmanuel Macron. Une génération dévouée et surdiplômée (Sciences Po, HEC, ENA, Normale Sup, etc…) que l’on va retrouver à coups sûrs à l’Elysée ou dans les cabinets ministériels. Au cœur de la garde rapprochée, Alexis Kohler, 41 ans sera secrétaire général de l’Elysée. Emmanuel Macron a choisi son ancien directeur de cabinet au ministère de l’Economie pour ce poste stratégique. «Quand un truc est validé par lui, on sait que c’est en béton armé» garanti un proche. Secondé sans doute par Thomas Cazenave qui pourrait conserver son poste actuel de secrétaire général adjoint à la Présidence. L’avocate d’affaire Sophie Ferracci, 40 ans, amie de longue date d’Emmanuel Macron était la grande prêtresse de l’agenda du candidat pendant la campagne. Elle pourrait devenir cheffe de cabinet à l’Elysée, à moins qu’elle ne soit investie aux législatives. Le très secret Ismaël Emelien, 29 ans, stratège du candidat et architecte du mouvement pourrait jouer les conseillers spéciaux. Tout comme le normalien Sylvain Fort, 45 ans, conseiller en communication à qui l’on promet un poste à l’Elysée.

 

Sibeth Ndiaye, 37 ans, indispensable sur le terrain pendant la campagne devrait aussi en être. Autre fidèle à un poste essentiel, Julien Denormandie, 36 ans. Cet ingénieur de formation détient les rênes opérationnelles du Mouvement En Marche! depuis sa création. Il devrait s’atteler à faire grandir le parti. Le plus connu, Benjamin Griveaux, 39 ans, porte-parole et chargé de la riposte devrait quitter les plateaux de télévision pour se lancer aux législatives à Paris. Il est le seul de la bande à avoir déjà été élu. L’ex-militant PS, Mounir Madjoubi, 32 ans, concepteur de la stratégie numérique sera lui aussi candidat En Marche! dans la capitale.

 

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  • Les experts

 

Economistes, hauts fonctionnaires chevronnés, ils ont alimenté Emmanuel Macron en notes, en idées et coordonné son programme. On pourrait les retrouver dans les bureaux à l’Elysée ou dans les cabinets ministériels. Jean Pisani-Ferry est l’homme du programme économique et social du candidat. Ancien collaborateur de Dominique Strauss-Kahn à Bercy, à la tête de France Stratégie, il a joué, avec l’économiste Philippe Martin, un rôle clef dans le calibrage et le chiffrage des propositions du candidat. Autre économiste, Marc Ferracci, époux de Sophie Ferracci, ami intime des Macron, rencontré sur les bancs de l’ENA, pourrait hériter d’un portefeuille à Bercy ou d’un poste à l’Elysée. Côté diplomatie, beaucoup de hauts fonctionnaires du Quai d’Orsay travaillent discrètement depuis des mois. L’ambassadeur de France à Washington, Gérard Araud, ex-représentant de la France à l’ONU pourrait être nommé sherpa du Président avec Aurélien Lechevalier, ami de l’ENA d’Emmanuel Macron, spécialiste des questions africaines et proche-orientales. Aux affaires intérieures, Didier Casas, le monsieur sécurité de la campagne pourrait continuer à s’occuper des questions régaliennes à l’Elysée. Le nom de l’ancien directeur de le DGSE Jean-Claude Cousseran circule aussi comme conseiller aux questions de renseignement.

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  • La société civile

 

C’est la grande promesse de la campagne : renouveler en profondeur le système politique en laissant la place à la société civile. Parité oblige, plusieurs femmes pourraient incarner les nouveaux visages du gouvernement. Catherine Barbaroux, présidente de l’ADIE, première association de micro-crédit en France est une pionnière de l’aventure En Marche!. Son expérience des questions sociales et d’emploi en fait un atout-maître. Audrey Bourolleau se détache aussi, référente nationale à l’agriculture, elle dirige Vin et Société. Axelle Tessandier, qui a quitté sa start-up pour jouer les chauffeuses de salles pourrait s’occuper de l’égalité homme-femmes. A moins que cela ne soit Marlène Schiappa, fondatrice de «Maman travaille», le premier réseau de mères actives en France. Un patron social a l’oreille du président élu : Jean-Marc Borello, fondateur du groupe SOS, leader européen de l’économie solidaire devrait avoir un poste important.

L’ex-élu régional UDI, Patrick Toulmet, à la tête de la chambre des métiers de Seine-Saint-Denis s’est rendu indispensable sur les questions de formation, il est l’un des premiers à avoir choisi Macron. C’est chez lui, dans le garage du centre de formation de la chambre des métiers et de l’artisanat de Bobigny, qu’Emmanuel Macron s’est déclaré candidat à la présidentielle en novembre dernier. Plus connue, mais incarnant moins le renouvellement, l’ex-patronne de la CFDT Nicole Notat pourrait être utile pour affronter la rentrée sociale. La Culture est, par ailleurs, très convoitée : la productrice, ex-UDI, Frédérique Dumas, l’écrivain Erik Orsenna ou l’ancien directeur général adjoint de France Télévisions Marc Schwartz seraient sur les rangs.

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  • Les ralliés de la droite et du centre

 

Ils sont anciens ministres, élus de droite et du centre et ils vont compter. Mais tous ne seront pas ministres au nom de l’exigence de renouvellement. Parmi les noms qui reviennent l’ancienne secrétaire d’Etat de Jacques Chirac, la centriste Anne-Marie Idrac, l’eurodéputée Sylvie Goulard, très proche d’Emmanuel Macron, toutes deux également évoquées pour Matignon, et le bras droit Modem de François Bayrou, Marielle de Sarnez. Certains anciens ministres chiraquiens comme Renaud Dutreil, Jean-Paul Delevoye ou Marie-Anne Montchamp, proche de Dominique de Villepin, pourraient être remerciés pour leur engagement. Mais l’objectif du Président tout juste élu reste de fissurer la droite avant les législatives en attirant à lui des personnalités issus des Républicains. Jean-Pierre Raffarin ? Bruno Le Maire ? Xavier Bertrand ? Emmanuel Macron viserait avant tout les juppéistes. Enfin, les mauvaises langues murmurent que Christian Estrosi serait prêt à rejoindre le gouvernement pour un poste de ministre de l’Intérieur. -

 

Alors un Premier ministre issu des Républicains ? D’autant que cette étiquette vaut de l’or en vue du scrutin de juin. Emmanuel Macron a lâché le nom de Xavier Bertrand. «Il a vocation à m’accompagner» a-t-il dit il y a quelques jours mais le président LR des Hauts-de- France semble vouloir rester dans l’opposition. Le juppéiste Edouard Philippe, lui, n’a pas dit non mais à la condition de ne pas jouer les cautions de droite. «Ça ne marchera que dans le cadre d’une majorité de coalition sur un projet commun» précise le maire LR du Havre.

 

LIRE. Pourquoi le nom d’Anne-Marie Idrac revient souvent pour Matignon

 

Et une femme ? Emmanuel Macron n’en fait plus une obligation. Mais ce serait un plus. La centriste et ancienne secrétaire d’Etat, Anne-Marie Idrac, passée par la direction de la SNCF et de la RATP semble correspondre à ce portrait chinois. Tout comme l’eurodéputée Sylvie Goulard mais à qui il manque la case Palais Bourbon. Fin des spéculations ? A partir de lundi prochain.

 

Qui pour gouverner ?

Source : Avec qui Macron va-t-il gouverner ? – Le Parisien

Myriam Encaoua (@Myriamencaoua)

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